
TémoignageLe soja est un veninLuisa Pimentel, INCUPO, ArgentineNovembre 2005 « Je m’appelle Luisa Pimentel de Rios. J’ai 49 ans. Je suis née à Colonaliza, un petit village situé à une centaine de kilomètres de Resistencia, dans le Chaco, une province située au nord de l’Argentine. C’est là que j’ai grandi et que j’ai rencontré mon mari, Ramon Riber Libra de Rios. Ensembles, nous avons eu six enfants, dont les deux plus jeunes vivent encore aujourd’hui avec nous. Après notre mariage, nous nous sommes installés sur les terres de mes beaux-parents. Nous y cultivions du coton, mais c’était déjà très difficile d’en vivre. Alors quand les cours se sont effondrés, nous sommes partis vivre à Resistencia. Là-bas, mon époux a trouvé un emploi d’ouvrier métallurgiste sur le port de Corrientes. Economiquement, bien sûr, la vie était plus facile. Mais Ramon n’aimait pas son travail et nous souffrions de vivre en ville. Nous avons habité à Resistencia pendant neuf ans, jusqu’au jour où mes beaux-parents sont tombés malades. A ce moment-là, il nous a fallu rentrer à Colonaliza. Nous étions à la fois inquiets pour notre avenir, mais en même temps soulagés de quitter la ville. Les deux premières années, nous avons de nouveau cultivé le coton, tout en sachant que nous ne gagnerions pas notre vie. Mais il n’y avait rien d’autre à faire. Enfin, c’est ce que nous pensions. Un jour, c’était en 1984, Salazar, notre voisin, est venu nous parler de son projet avec INCUPO. Il nous a expliqué que cet organisme accordait des crédits aux paysans pour acheter de la terre, du bétail et des outils, la seule condition étant de se regrouper au moins à six familles. Nous, nous possédions déjà la terre, mais nous avions vraiment besoin du reste ! Nous avons donc accepté la proposition. Avec l’argent, nous avons acheté des vaches et nous avons commencé à cultiver du manioc, des patates, des betteraves, des calebasses… de façon naturelle, sans engrais chimique. On ne peut pas dire que la vie est devenue facile, mais au moins on arrivait à vivre dignement. Nous avons surtout compris que pour avancer, il fallait unir nos forces. Pendant ce temps, notre voisin, Buzo, qui se trouve de l’autre côté de la route, a décidé de cultiver du soja. Sa manière de travailler était complètement différente de la notre. Lui, il a choisi de faire de la monoculture en utilisant beaucoup de produits chimiques. Tout de suite, c’est vrai, il a commencé à gagner de l’argent. Et il en était très fier. D’ailleurs, quand il croisait mon mari, il lui disait que nous aussi, nous devrions nous y mettre, que le soja c’était l’avenir. Mais Ramon lui répondait qu’à force de faire seulement du soja, il allait finir par épuiser la terre, et qu’un jour il risquait de le regretter. Et puis c’est arrivé. Un jour, Buzo a avoué que sa terre s’était beaucoup appauvrie. Il regrettait d’avoir agi ainsi et il était inquiet pour l’avenir. D’autant que s’il veut arrêter le soja pour faire autre chose, il lui faudra attendre au moins trois ans, le temps pour la terre de redevenir fertile. Quand je vois les ravages que ça fait, je me dis que le soja est un venin. Un venin qui avance. » | ![]() |