Témoignage
Les jours de fumigations, les enfants doivent rester enfermés à la maison
Jane Silva, CPT, Brésil. Novembre 2005
« Mon nom est Jane Silva. Je suis agronome et je travaille depuis un an pour la Commission Pastorale de la Terre (CPT) dans l’état du Para, au Nord du Brésil. La mission que m’a confiée la CPT consiste à identifier les conséquences sociales, économiques et environnementales de la culture du soja dans cet état. A travers différentes recherches, nous essayons donc en premier lieu de déterminer avec précision où se trouvent les exploitations, à qui elles appartiennent et d’où viennent leurs propriétaires. Ces investigations nous ont notamment amenés à enquêter autour de Santarem, une ville située au nord-ouest du Para. Nous y avons réalisé des interviews auprès de différents interlocuteurs pour savoir qui produisait du soja et quels étaient les changements engendrés par l’apparition de ces cultures. Pour nous aider dans cette tâche, quatre étudiants français, deux de l’école agronome de Paris et deux de Montpellier, nous ont rejoint il y a quelques mois. Ces renforts sont d’autant plus précieux qu’outre leurs compétences, ils permettent à la CPT de travailler de façon plus discrète, car le moins que l’on puisse dire, c’est que nous ne sommes pas les bienvenus, surtout depuis l’assassinat le 12 février dernier de Dorothy Stang, la militante de la CPT.
Les débuts du soja dans l’état du Para remontent à 1997. A l’époque, c’est l’état qui a favorisé l’essor de cette culture, en allant jusqu’à établir des cartes pour proposer des terres à de grands propriétaires de l’état du Mato Grosso. L’idée consistait en fait à récupérer les surfaces que les exploitants forestiers avaient cessées d’exploiter, pour les vendre à des producteurs de soja. L’intérêt résidant dans le fait que la terre ainsi « nettoyée » avait pris de la valeur. C’est ce qui s’est passé par exemple sur le pôle de Paragomino, près de Santarem, où la mairie a carrément appelé des grands entrepreneurs du Sud du Brésil pour leur proposer ces terres « idéales » pour la culture du soja. Idéales aussi parce qu’elles se trouvaient tout près du port de Santarem. Résultat, le prix de la terre dans la région a augmenté et de plus de 500 familles qui possédaient quelques hectares ont vendu leurs biens et ont migré vers le sud de l’état. A court terme, ces familles sont plutôt satisfaites, car elles ont pu racheter un peu de terre dans le sud. Le problème, c’est qu’elles sont désormais loin de la ville, et que les routes sont inexistantes, ce qui commence à poser de sérieux problèmes, tant pour acheminer leur production que pour des questions d’absence de structures de santé par exemple.
Quant aux familles qui sont restées ou même celles vivent aux alentours de Santarem, elles vivent dans l’angoisse des fumigations. Ces dernières sont en effet tellement toxiques que le jour où elles ont lieu, on recommande aux parents de garder les enfants à la maison pour éviter qu’ils sortent ! Quant aux maisons, elles doivent rester fermées des heures durant. Nous soupçonnons d’ailleurs que ces produits chimiques, également répandus sur les terres situées en face de Santarem, pourraient être à l’origine d’une contamination majeure des fleuves Tapajos et Amazonas, dont les eaux se rencontrent justement à Santarem. Nous avons bien entendu besoin de compléter nos recherches, sur ce point comme sur d’autres. Mais notre tâche est vraiment difficile, d’autant que même le diocèse ne veut pas de la CPT et que les conditions de travail sont vraiment dangereuses. »
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